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Interview: Iliassa Baldé, Gestionnaire du projet Booster les Compétences pour l’Employabilité des Jeunes (BoCEJ). »

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« Le projet BoCEJ vise l’amélioration de l’employabilité et l’emploi des jeunes à travers le développement de compétences ciblées. »

Thierno Iliassa Baldé est le Gestionnaire d’un projet phare du gouvernement du président Alpha Condé : Booster les compétences pour l’employabilité des jeunes (BoCEJ). Dans cette interview accordée à Madina Men, il apporte un éclairage sur cet instrument inédit de qualification et de modernisation des institutions de formation en vue de lutter contre le chômage des jeunes.

Madina Men : Avant d’aborder le vif du sujet, dites-nous dans quel contexte est né BoCEJ ?

Thierno Iliassa Baldé : Le projet BoCEJ est une matérialisation de la volonté du président de la république, le Pr Alpha Condé, de mettre ses mandats au service de l’autonomisation des femmes et de l’employabilité des jeunes. C’est dans ce cadre que le gouvernement a pris de nombreuses initiatives, à travers des politiques sectorielles, pour atteindre ses objectifs majeurs, et notamment en ce qui concerne les femmes et les jeunes. Vu le taux de chômage des jeunes, il était donc impératif de lancer le projet BoCEJ.

Quels sont la durée, les objectifs, le contenu et la tutelle du projet BoCEJ) ?

Le projet BoCEJ a une durée d’exécution de six ans. Il a commencé en 2014, mais le démarrage effectif a eu lieu en mars 2015 avec le recrutement et la mise en place de l’unité de gestion. Ensuite, le 3 juillet 2015, le président de la république, le Pr Alpha Condé, a procédé au lancement officiel du projet, qui doit prendre fin le 31 décembre 2020. En termes d’objectifs, le projet vise l’amélioration de l’emploi et l’employabilité des jeunes à travers le développement de compétences ciblées. BoCEJ est placé sous la tutelle du ministère de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes. Deux autres ministères sont impliqués dans le projet et en tirent d’énormes bénéfices. Il s’agit du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et du ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle, de l’Emploi et du Travail.

Quelles sont les composantes du projet ?

Pour résoudre la problématique de l’inadéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché de l’emploi, le projet est structuré en trois composantes. La première, le Fonds compétitif pour les compétences et l’employabilité (FCCE), intervient dans la formation initiale par le financement de projets de formation co-construits après un appel à compétition. La deuxième composante est le Programme éducation à l’emploi. Elle s’adresse aux jeunes diplômés sans emploi. À travers un système de « bons d’achat » basé sur la performance, le programme offre aux jeunes bénéficiaires des opportunités de faire de l’entreprenariat, des stages en entreprises ou la formation complémentaire. La troisième composante est l’Appui institutionnel et le cadre réglementaire. Elle vise à améliorer la gouvernance au niveau des trois départements impliqués dans la mise en œuvre du projet. Ce sont les ministères que j’ai cités. Les activités principales de cette composante sont la révision de certains textes concernant l’enseignement supérieur et technique. Une commission travaille dans ce sens. Elle a recensé déjà une soixantaine de textes de loi parmi lesquels il y a celui qui concerne l’autonomie financière des établissements publics d’enseignement. Il y a également la mise en place de l’Agence nationale d’assurance qualité, dont le secrétaire exécutif a été nommé en octobre 2017 par décret présidentiel, de l’Observatoire national de la jeunesse, du Système d’information pour la traçabilité des étudiants et des diplômes, etc.

BoCEJ a bénéficié d’un financement de la Banque mondiale à hauteur de 20 millions USD. Trois ans après le lancement du projet, quel en est le pourcentage de décaissement ?

À ce jour, le taux de décaissement tourne autour de 40 %, soit plus d’un tiers, pratiquement. Cela peut paraître faible après trois ans d’existence du projet, mais ce taux est normal parce que c’était l’engagement prévisionnel pour la période concernée. On pouvait faire mieux. C’est dû à la complexité du projet et à certains facteurs exogènes. Nous pensons toutefois pouvoir améliorer ce taux dans les prochains mois.

Comment fonctionne le projet BoCEJ dans sa transversalité institutionnelle ?

Comme je l’ai dit, du point de vue institutionnel, le projet est placé sous la tutelle du ministère en charge de la jeunesse. Nous avons un Comité d’orientation stratégique (COS). C’est une sorte de conseil d’administration où sont représentés la Primature et les six départements ministériels suivants : Jeunesse ; Enseignement supérieur et Recherche scientifique ; Enseignement technique, Formation professionnelle, Emploi et Travail ; Plan et Coopération internationale ; Économie et Finances ; Industrie, PME et Promotion du secteur privé. Certaines organisations professionnelles sont également représentées dans le Comité d’orientation stratégique. Ce sont la Chambre des mines, la Chambre d’agriculture, l’Association des industriels de Guinée et l’Association des professionnels du tourisme et de l’hôtellerie. Le Comité se réunit deux fois par an sous la présidence de Monsieur le Ministre Jeunesse (Mouctar DIALLO –Ndlr) dont l’engagement et le leadership nous aide à avancer dans l’atteinte de nos objectifs. Le COS valide les rapports d’activités et les rapports financiers, approuve le Plan de travail et du budget annuel (PTBA) et donne les grandes orientations dans le cadre de la mise en œuvre du projet. En tout, six réunions du COS ont été organisées depuis le démarrage du projet.

Comment la Banque mondiale accompagne-t-elle et contrôle-t-elle la mise en œuvre du projet BoCEJ ?

La Banque mondiale nous accompagne au quotidien. Mais du point de vue institutionnel, elle effectue chaque année deux missions d’appui technique au projet. Nous tenons régulièrement des réunions. Il y a donc des échanges permanents entre la Banque mondiale, le Gouvernement (ministères impliqués) et l’unité de gestion. Chaque année un audit externe est fait. Il permet de certifier nos comptes. Le rapport est ensuite transmis au gouvernement et au bailleur. Nous procédons aussi à un audit interne pour évaluer le respect des procédures de mise en œuvre du projet.

Quel est l’impact du projet BoCEJ ?

Le projet a des acquis. Il y a eu la sélection de dix-sept sous-projets dont douze ont déjà reçu leur premier financement d’une valeur totale de plus de 20 milliards de francs. Ils visent la modernisation et la qualification des programmes, l’amélioration de l’environnement de la formation, le placement des jeunes en stage, la formation de 100 jeunes en entreprenariat, l’équipement des agences de l’Aguipe, le renforcement des capacités des cadres des ministères en charge de l’enseignement supérieur et technique, etc. Une évaluation d’impact est prévue dans le cadre de la deuxième composante du projet. L’évaluation globale de BoCEJ sera faite à la fin du projet.

Avez-vous une plateforme visitable par les parties prenantes au projet et par les tiers, avec des données sur les jeunes diplômés guinéens employables grâce à BoCEJ ?

 Nous sommes sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Nous prévoyons un site web pour le projet, le recrutement du consultant est en cours. Dans le cadre du renforcement des capacités des structures impliquées dans la mise en œuvre du projet, l’Aguipe a bénéficié d’un appui pour la mise en place d’une base de données et d’un site Internet pour l’inscription et le suivi des jeunes diplômés dans le cadre de la composante 2. En plus, notre page Facebook publie régulièrement les informations sur les activités réalisées dans le cadre du projet.

Il est établi que le taux de chômage des jeunes en Guinée est plus élevé dans la couche instruite. Autrement dit, les jeunes sans qualification sont plus actifs économiquement. Selon vous, quelle est la part de responsabilité des trois départements en charge de l’éducation dans cet état de fait ?

Ce n’est pas mon rôle de faire une quelconque évaluation de responsabilité dans le chômage des jeunes diplômés. Il faut toutefois retenir que depuis longtemps le système éducatif guinéen produit un nombre de plus en plus important de diplômés chômeurs. Il y a là une certaine défaillance que les décideurs doivent analyser et combler, car c’est un risque social énorme que le pays court. Le diagnostic a été fait, les problèmes sont connus. Il est donc temps de trouver les meilleures approches pour corriger le système. Le projet BoCEJ est l’une de ces réponses, mais c’est minime par rapport à l’ampleur du problème. Il faut penser à des programmes plus vastes et pérennes, qui devront être soutenus par les pouvoirs publics et par les partenaires au développement, pour qualifier et rendre performant le système éducatif et l’adapter aux réalités économiques et sociales du pays.

On sait qu’avec l’évolution technologique mondiale, 80 % des métiers qui seront exercés dans vingt ans n’existent pas aujourd’hui et 80 % des métiers d’aujourd’hui auront disparu par obsolescence. Comment le projet BoCEJ prend-il en compte ces projections inquiétantes pour que la Guinée puisse faire face aux défis sans cesse nouveaux en termes de formation et d’emploi ?

Le projet BoCEJ est conscient de l’évolution des technologies et des métiers. Il s’inscrit parfaitement dans cette dynamique et conseille aux établissements bénéficiaires de tenir compte en permanence des nouvelles donnes dans leurs sous-projets. Les effets de la quatrième révolution industrielle, à savoir la numérisation, sont certes un peu timides dans notre pays, mais puisque les établissements bénéficiaires de notre projet travaillent avec les acteurs du secteur privé, ils sont obligés de traduire les besoins de ces derniers en programmes et de les faire participer à l’exécution de ces programmes. Après tout, les produits qui en sortiront seront utilisés par ces professionnels. Ils pourront faire des réajustements au fur et à mesure que cela s’avérera nécessaire.

 Quelles sont les difficultés rencontrées par le projet BoCEJ dans son exécution ?

Je parlerai plutôt de défis. Le  principal étant  de faire travailler ensemble une équipe multidisciplinaire avec les différentes parties prenantes que sont les bénéficiaires, l’Équipe projet, l’Administration publique, les bailleurs, etc., qui n’ont pas les mêmes impératifs, motivations et contraintes en termes de mise en œuvre du projet.

 Comment pourrait-on résoudre ces difficultés ?

Il faut promouvoir un dialogue permanent et avoir la même compréhension des enjeux du service que nous sommes en train de rendre à la Guinée à travers le projet BoCEJ. Ce projet est une aubaine pour les nombreux jeunes qui en bénéficieront. Plus de 20 000 jeunes seront directement impactés. De part et d’autre, nous cherchons des moyens appropriés pour mutualiser nos efforts et atteindre les objectifs. Nous avons l’espoir d’y arriver, car j’ai des collaborateurs jeunes et dynamiques qui sont conscients des enjeux et des défis.

La Banque mondiale envisage-t-elle de renouveler le projet après sa fin en décembre 2020 ?

À travers les bons résultats que nous allons obtenir et qui vont impacter le système éducatif, il est attendu que l’État, le secteur privé et d’autres bailleurs – bien sûr, sous l’impulsion de la Banque mondiale – investissent pour la pérennisation des composantes 1 et 2 au moins. Par ailleurs, les établissements bénéficiaires ont pensé aux mécanismes de pérennisation de chaque sous-projet selon ses spécificités.

Interview réalisée par El Béchir